Elle était sans soutien et bien trop naïve, une proie facile parmi tous ces chiens.
Comment pouvait elle échapper à cette vie qu'elle savait damnée?
Les malheurs qui se succédait, son mari qui la battait, elle a su conserver son titre de mère, élevant seule ses enfants dans la
pauvreté.
Quand la mort lui a ôté trois d'entre eux, elle n'a jamais su se consoler. Lorsque qu'elle les évoquait elle avait ce vide dans les
yeux, des yeux au regard si généreux que tous ses voeux, on aurait voulu les exaucer!
Elle logeait avec ses enfant dans ce qui ressemblait, à un cabanon de quelques
m².
L’interrupteur électrique de leur habitation était une boite d’allumette, l’ampoule, la flamme des
bougies!
Elle savait manier l'osier et confectionnait des paniers qu'elle allait vendre de porte en porte, parfois c'était sans grand succès et
elle revenait les mains vides. Elle oubliait qu'il faisait froid et ne se donnait pas le droit de décourager, alors elle repartait, sommant les enfants de l'attendre sagement, la plus petite dans
les bras, lui donnant le sein en marchant.
Il y avait cet homme qu'elle aimait, ce n'était pas un secret. Malheureusement aucun n'a osé faire le premier pas, elle avait trop peur
qu'on ne la montre du doigt, sa croix était déjà très lourde.
Elle n'a jamais vraiment osé en parler de toutes ces violences qu'elle subissait, elle avait honte, mais par-dessous tout, elle
craignait que les services sociaux ne lui retirent les enfants. Mais la réalité était tout autre, car la commune les ignorait.
Ils n’étaient que de sale gitans, qu’il ne fallait surtout pas fréquenter. Le sort des enfants n'interpellait pas cette
bigote bourgeoisie !
Cette famille était la seule « étrangère » dans cette petite ville .
Étrange? Certes, mais étrangère, sûrement pas!
Le pays du nomade est celui où il passe, ce qui lui confère sa richesse tant malmenée.
Il a combattu durant les même guerres aux côtés du gadjo, protégeant une même patrie pour une même teinte de sang!
Les manuels scolaires étant dépourvu de ce genre de détails, l'ignorance des gadjé était à son comble et se traduisait
grossièrement.
Pour en revenir à ce tendre père , de temps en temps une âme charitable venait lui casser la figure, mais a
quoi bon ? Une fois remit de ses émotions il recommençait de plus belle! Elle, elle s'apprêtait à l'agression quelle allait subir, comme le ferait une grande sportive avant un
match.
Elle rassurait les petits leurs disait de fermer les yeux et mettre les mains sur les oreilles! L'un d'entre eux affaiblit par la
maladie lui a dit un jour « il ne faut pas t'en faire maman, un jour je serais grand, et je te protégerai » La vie en a voulu tout autrement .
Les séances débutaient toujours de la même manière.
Ainsi, en grand athlète qu'il n'était pas, il abordait la pente qui jouxtait leur habitation , et s'amusait à lancer d'énorme pierre sur
ce toit déjà vétuste. Si bien que lorsqu' il pleuvait à l'extérieur, il était inutile de se mettre à l'abris à l'intérieur!
Et puis il redescendait de sa montagne mi-victorieux, arrachant virilement un portillon qui ne nécessitait aucune force particulière
pour céder.
Là il s’acharnait à détruire tout le peu de biens que possedait cette famille : nourriture, vaisselle, literie etc.
etc.
Le temps passait, les enfants grandissaient, le vaillant homme les craignait de plus en plus car ceux-ci se rebellaient.
S'en est suivit un déménagement dans une maison, une vrai, sans grande commodité, mais une maison qui leur semblait être immense, deux pièces une cuisine, des fenêtres, une porte (qui elle
aurait eu bien besoin d'une force particulière pour céder ) .
Ainsi cette femme a pu sensiblement reposer sa tête qui durant des années étaient toujours à l'affût du moindre mouvement, du
moindre bruit, signe d'une éventuelle partie de coups, de cries...
Et puis un beau jour( au sens propre) la meuf à la faux est venue délivrer cette petite famille, en invitant
cet homme immonde, à venir faire un petit tour avec elle, histoire sans doute de faire plus ample connaissance. Il a dû l'épouser car, il n'est jamais réapparut.
Sa pas plus triste veuve que ça, n'a lâché qu'une petite larme. Quand on lui demandait pourquoi cette larme?
Elle répondait « au nom de ce lourd passé » !
Comme une lueur d'espoir elle pensait un peu sauver sa vie, mais la maladie est survenue entravant ses projets.
De la mauvaise vie menée, elle payait encore.
Une affection qui l'a privé de voix, mais la voie elle a su la montrer afin que ses enfants ne fassent pas les mêmes erreurs.
Malgré tous ces ennuies elle a su garder la douceur, celle qu'une mère a dans le coeur. Certaines de ceux et celles qui sans elle n'existerait pas, ne la chérissait pas autant quelle l'aurait
mérité, la condamnant pour cette vie, inutile de rappeler qu'elle ne l'a pas choisie.
Mais cette pensée leurs permettait de ne pas avoir mauvaise conscience!
Quinze années après ce signe du zodiaque néfaste, qui a eu la délicatesse de ne la laisser que mutilée, on lui annonce qu'une bonne
séance de chimio s'impose, car, celui-ci est revenu à la charge, plus dévastateur que jamais!
Après deux mois de ce qu'elle désignait comme du poison que l'on faisait couler dans ses veines si fragiles, elle s'est laissée aller.
D'abord, dans la colère, puis dans la sérénité pour s'affaiblir de jour en jour, sans doute aidé par une main dont il est exclut de prouver la bonne intention
!
Maman
a emportée la maladie
un
lendemain si plein de vie
Et
si dehors il faisait beau
Dedans
aussi c'était très beau
Son
dernier souffle, mon denier mot
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